MaroQueens
8 Mars 2026
Ancrées dans des secteurs différents, elles ont en commun la constance dans l’effort, la construction patiente d’une expertise et une contribution concrète à leur environnement professionnel, social ou culturel.
Du financement international à la médecine de proximité, de l’enseignement à la recherche, de l’artisanat à l’action associative, ces parcours de femmes marocaines dessinent une géographie élargie de l’engagement au Maroc et à l’étranger. Ancrées dans des secteurs différents, elles ont en commun la constance dans l’effort, la construction patiente d’une expertise et une contribution concrète à leur environnement professionnel, social ou culturel. À travers leurs trajectoires, se lit une même dynamique : celle d’une présence féminine marocaine de plus en plus affirmée dans les espaces de décision, de savoir, de solidarité et d’innovation.
Une carrière marocaine au cœur du financement international
À Mexico, Sanaa Abouzaid occupe aujourd’hui l’un des postes de responsabilité les plus élevés pour une Marocaine au sein du système financier international. Directrice régionale pour le Mexique et l’Amérique centrale à la Société financière internationale (IFC), filiale du Groupe de la Banque mondiale, elle supervise des programmes d’investissement destinés à soutenir le développement du secteur privé dans une région comprenant le Mexique, six pays d’Amérique centrale et la République dominicaine.
Depuis la capitale mexicaine, elle dirige des équipes multinationales chargées de financer des projets économiques structurants, allant du soutien aux petites et moyennes entreprises à l’accompagnement de grands projets d’infrastructures. L’IFC intervient notamment en apportant des financements aux banques qui soutiennent les PME, considérées comme un levier essentiel de croissance économique et de création d’emplois.
Selon les données supervisées par la responsable marocaine, le volume des prêts et des investissements mobilisés par l’institution dans cette région dépasse actuellement quatre milliards de dollars et devrait atteindre six milliards d’ici la fin de l’exercice en cours, ce qui constituerait un niveau record.
Le parcours international de Sanaa Abouzaid prend racine dans l’école publique marocaine. Après un baccalauréat en sciences expérimentales, elle intègre l’Institut supérieur de commerce et d’administration des entreprises à Casablanca, où elle se spécialise en finance et comptabilité. Son intérêt précoce pour la langue anglaise l’oriente ensuite vers des études aux États-Unis, où elle obtient une bourse Fulbright et poursuit un master en finance et investissement à l’Université George Washington.
Elle entame ensuite sa carrière au sein de la Banque mondiale dans le domaine de la gouvernance d’entreprise. Son expertise se traduit notamment par la publication d’un ouvrage consacré à la gouvernance des entreprises familiales, traduit en plus de vingt langues et largement utilisé par des entreprises et des institutions académiques. Après plusieurs années à Washington, elle est appelée à superviser les programmes de gouvernance d’entreprise en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, avant de prendre en charge la stratégie de financement de l’IFC pour l’Amérique centrale depuis le Panama. Cette expérience ouvre la voie à sa nomination au poste actuel de directrice régionale.
Une cardiologue engagée au service de la communauté à Essaouira
À Essaouira, la cardiologue Asmaa Benalil s’est imposée au fil des années comme une figure du secteur médical et de l’action sociale. Installée dans la ville depuis 2005, elle a exercé pendant près de deux décennies au Centre hospitalier provincial Sidi Mohammed Ben Abdellah, une période marquée par un volume important de consultations et par la responsabilité d’assurer des soins spécialisés dans une province où elle fut longtemps l’unique cardiologue.
Cette expérience a contribué à façonner une pratique médicale attentive aux réalités sociales des patients. En parallèle de son activité hospitalière, la cardiologue préside depuis 2019 l’association Sanad, une structure dédiée au soutien du système de santé publique dans la province.
L’association organise régulièrement des caravanes médicales, notamment pour la chirurgie de la cataracte, et participe à la formation continue des professionnels de santé. Elle apporte également un soutien logistique sous forme de médicaments, d’implants médicaux ou d’équipements destinés aux structures hospitalières locales.
Cette implication associative a renforcé la dimension sociale de son engagement médical. Pour la praticienne, la prise en charge des patients doit tenir compte des contraintes économiques et sociales auxquelles ils sont confrontés, notamment l’accès aux médicaments ou aux examens spécialisés.
Après plus de vingt ans d’exercice, elle observe des progrès significatifs dans le secteur de la santé à Essaouira, notamment en matière d’équipements et de ressources humaines. Toutefois, elle relève également la persistance de délais d’attente pour certaines consultations spécialisées, qu’elle attribue à l’augmentation de la demande et à la complexité croissante des pathologies.
Une enseignante engagée dans la transmission du savoir à Dakhla
À Dakhla, Benaitta Abbassi incarne un autre visage de l’engagement féminin à travers le domaine de l’éducation. Originaire de la ville, elle y a effectué l’ensemble de sa scolarité avant de poursuivre des études universitaires en sociologie à Marrakech, où elle obtient une licence.
Elle poursuit ensuite sa formation au Caire, où elle décroche un master en sociologie à l’Institut du Caire pour la recherche et les études arabes. Aujourd’hui doctorante à l’Université de Tétouan, elle considère la recherche académique comme un complément essentiel à la pratique de l’enseignement.
Avant d’embrasser la carrière éducative, elle acquiert une expérience professionnelle au sein de la province d’Aousserd dans le département des affaires économiques et sociales, puis dans le domaine des médias en lançant un site d’information et en s’impliquant dans la presse électronique à Dakhla.
Depuis 2017, elle exerce dans l’enseignement, qu’elle considère comme un espace privilégié pour accompagner les jeunes générations dans la construction de leur avenir. Elle insiste sur le rôle de l’enseignant dans l’éveil des esprits, la transmission des valeurs et le développement de l’autonomie des élèves.
Parallèlement à son activité pédagogique, Benaitta Abbassi s’investit dans la vie associative. Elle préside l’association Moataz pour le développement et les actions sociales et participe à plusieurs initiatives citoyennes liées au développement durable et aux valeurs de solidarité.
Une jeune championne marocaine en pleine ascension
Dans le domaine sportif, la jeune Amina Dahhaoui illustre une nouvelle génération d’athlètes marocaines qui s’imposent progressivement sur la scène internationale. Âgée de 18 ans, elle s’est distinguée dans la discipline du taekwondo en remportant plusieurs titres mondiaux dans sa catégorie.
Son parcours débute très tôt, dès l’âge de trois ans, sous l’encadrement de son père, qui a joué un rôle déterminant dans sa formation sportive. Au fil des années, l’athlète développe une discipline rigoureuse et un entraînement intensif qui lui permettent d’atteindre les plus hauts niveaux de compétition.
En 2024, elle remporte deux titres majeurs : la médaille d’or au championnat du monde junior en Corée du Sud et la médaille d’or au championnat du monde scolaire à Bahreïn. L’année suivante, elle confirme cette dynamique en décrochant plusieurs distinctions, notamment le titre de championne du Maroc dans la catégorie seniors, la médaille d’or de la Coupe de la Fédération internationale au Mali et l’or aux Jeux de la solidarité islamique.
Parallèlement à sa carrière sportive, la jeune championne poursuit ses études en sciences expérimentales, conciliant formation scolaire et préparation aux compétitions internationales.
Elle affiche désormais un objectif clairement défini : participer aux Jeux olympiques d’été de 2028 à Los Angeles et représenter le Maroc au plus haut niveau.
Des parcours féminins ancrés dans le service public et l’action de proximité
À Tanger, Dr Kholoud Al Ahrach illustre un parcours marqué par une présence continue dans le champ de la santé publique. Médecin formée à la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat, après un cursus secondaire à Tanger, elle a progressivement construit une carrière fondée sur la polyvalence, la formation continue et l’engagement de terrain. Diplômée en médecine en 2000, puis qualifiée en médecine du sport en 2014, elle a complété son parcours par plusieurs formations en nutrition clinique, médecine d’urgence et soins palliatifs.
Son itinéraire professionnel s’est d’abord déployé en milieu rural, où elle a participé à des actions destinées à rapprocher les soins de populations éloignées des infrastructures sanitaires. Cette première expérience a contribué à forger une approche attentive à la question des inégalités d’accès à la santé. Par la suite, son exercice en milieu urbain, d’abord à Chefchaouen puis à Tanger, lui a permis de conjuguer activité clinique, responsabilités hospitalières et implication dans l’organisation du système de soins.
La période de la pandémie de Covid-19 a constitué un moment particulièrement révélateur de cet engagement. Volontaire dans le circuit Covid, elle a rejoint les équipes de riposte rapide chargées de la prise en charge et du suivi des patients. Elle a également contribué à l’unité mobile de soins palliatifs, dédiée à l’accompagnement à domicile de patients en situation de vulnérabilité. Au-delà de la pratique médicale, son implication s’étend aux cadres professionnels, à travers deux mandats comme conseillère au Conseil régional de l’Ordre national des médecins de Tanger-Tétouan-Al Hoceima.
En tant que présidente de l’Association des médecins de santé publique de Tanger, elle mène aussi des actions portant sur la prévention, la formation continue, les caravanes médicales et la sensibilisation sanitaire. Son regard sur les évolutions du secteur souligne les effets de la croissance démographique et économique de la région, qui accentuent la demande de soins. Dans ce contexte, elle met l’accent sur la coordination entre les structures sanitaires, la participation communautaire et l’amélioration de la qualité de la prise en charge.
Dans un registre voisin, mais centré sur l’inclusion sociale des enfants en situation de handicap, Fatima Zahra Harfan s’est imposée à Guercif comme une figure de référence. Son parcours associe formation pédagogique, expertise sur les troubles du spectre de l’autisme et action associative de long terme. Après une formation initiale au Centre de formation des enseignants de Missour, une licence, puis un master en sociologie, elle devient experte nationale en autisme en 2020. Elle exerce aujourd’hui au sein de la direction provinciale de l’Éducation nationale à Guercif, où elle suit les dispositifs de ressources et de soutien destinés à l’inclusion scolaire.
Son engagement associatif a débuté en 2007, avant de prendre une orientation décisive en 2017, lorsque l’association qu’elle a fondée quelques années plus tôt a choisi de se consacrer exclusivement au handicap. Appuyée par des partenariats avec l’Entraide nationale, l’INDH et d’autres institutions, cette dynamique a abouti à la création d’un centre de formation et d’intégration destiné aux enfants en situation de handicap. Dotée d’équipements spécialisés, la structure propose notamment des services de kinésithérapie, d’orthophonie et de psychomotricité.
L’action menée dépasse le seul cadre thérapeutique. Elle vise également la scolarisation, l’accompagnement vers la formation professionnelle, l’accès au sport et la participation à des événements comme ceux de Special Olympics Morocco. La coopération internationale a aussi été mobilisée à travers des partenariats ayant permis l’installation d’équipements spécialisés, notamment dans le domaine de l’intégration sensorielle. Le fil conducteur de cette action demeure la même conviction : changer le regard porté sur le handicap et investir dans les capacités des enfants.
Culture, médias et recherche : des voix féminines dans l’espace intellectuel
Au Caire, Hind Al Sanaani déploie un parcours situé au croisement du journalisme, de la littérature et de la réflexion sur les droits des femmes. Originaire de Casablanca, elle entame sa trajectoire professionnelle au sein de la chaîne 2M, dans l’univers de la production audiovisuelle. Son installation en Égypte en 2010 ouvre une nouvelle phase, marquée par un approfondissement de son engagement médiatique et culturel.
Au fil de ce parcours, elle a développé une attention particulière à la condition des femmes arabes, notamment migrantes. Cette sensibilité s’exprime dans ses productions journalistiques, mais aussi dans ses œuvres littéraires. Son roman Rêves de l’océan aborde l’expérience de la migration au féminin à travers une narration centrée sur les tensions entre identité, exil, mémoire et insertion sociale. Son autre roman, Ailes amputées, traite d’une question sensible, celle de l’excision, en adoptant une approche de sensibilisation ancrée dans une problématique humaine et sociale.
À cette dimension littéraire s’ajoute une activité de recherche, illustrée par un ouvrage consacré au cadre juridique des femmes égyptiennes et étrangères vivant en Égypte. Dans ses interventions, elle insiste sur la nécessité de donner visibilité à des expériences féminines souvent reléguées au silence. Son travail repose sur l’idée que les médias et la littérature peuvent contribuer à restituer la complexité des trajectoires féminines dans l’espace arabe.
Parallèlement, elle a lancé une émission télévisée à vocation sociale et artistique, conçue comme un espace de dialogue entre personnalités issues de différents pays arabes. Elle préside également la branche cairote de la Ligue des écrivaines marocaines, participant ainsi à la diffusion de la création littéraire marocaine dans le monde arabe. Son activité témoigne d’une volonté constante de relier engagement culturel, circulation des idées et mise en réseau des voix féminines.
Aux États-Unis, Maha Marouan évolue dans un autre registre, celui de l’université et de la recherche en études féminines, migrations et féminismes africains. Professeure à Penn State University, cette universitaire originaire de Tétouan s’emploie à interroger les représentations dominantes des femmes musulmanes dans les contextes occidentaux. Son travail académique part d’une expérience biographique située à la croisée de plusieurs espaces linguistiques et culturels, entre arabe, français, espagnol, puis univers académique anglophone.
Après des études en littérature comparée en Grande-Bretagne puis aux États-Unis, elle a fait des rapports entre genre, migration et appartenance africaine l’axe central de ses recherches. À Penn State, elle co-dirige un centre consacré au féminisme africain, avec l’objectif d’élargir les approches universitaires souvent dominées par des références occidentales. Sa réflexion vise à replacer les expériences africaines au centre de la production de savoir.
Son discours s’attache également à déconstruire les stéréotypes qui réduisent les femmes marocaines et musulmanes à des figures passives ou privées de voix. Dans ses interventions, elle insiste sur la force sociale, familiale et symbolique des femmes marocaines, observée dès l’enfance dans son environnement familial. Elle relie ce constat à une réflexion plus large sur les effets du passé colonial, sur la place du Maroc dans l’imaginaire africain et sur la nécessité de penser les solidarités entre espaces africains et diasporiques. Sa trajectoire montre comment l’ancrage marocain peut nourrir une pensée universitaire active dans les grands débats internationaux.
Des compétences marocaines au service de l’innovation et des territoires
En Espagne, Kamilia Essamhi Saidi représente une autre figure de la compétence marocaine déployée à l’international, cette fois dans le domaine de l’architecture et de l’ingénierie durable. Originaire d’El Aioun Sidi Mellouk, elle s’est installée en Espagne à la fin des années 1990 sans rompre avec son ancrage marocain. Son parcours universitaire et professionnel l’a conduite à se spécialiser en architecture, en prévention des risques, en technologie de l’édification et en méthodologie BIM, avant d’engager des travaux doctoraux à l’Université polytechnique de Carthagène.
Ses recherches portent sur les biomatériaux et plus précisément sur le mycélium, matériau issu du système végétatif des champignons. L’objectif consiste à élaborer des bio-composants biodégradables à partir de résidus agricoles, afin d’ouvrir de nouvelles perspectives pour une construction moins polluante. À travers cette orientation, son travail s’inscrit au croisement de la biotechnologie, de l’innovation et des enjeux contemporains de durabilité environnementale.
Au-delà de la recherche, elle porte un discours sur l’intégration fondé sur la complémentarité plutôt que sur l’effacement identitaire. Son expérience en Espagne s’accompagne d’une fidélité assumée aux traditions, aux valeurs familiales et à la culture marocaine. Cette articulation entre enracinement et ouverture se prolonge dans sa vision de l’architecture comme outil de cohésion sociale. Son projet de fin d’études, centré sur un espace culturel associant mosquée et ludothèque, traduisait déjà cette volonté de penser les lieux comme supports du vivre-ensemble.
Dans un autre univers, mais toujours dans un rapport étroit au territoire, Souad Ouazza incarne à Midelt une dynamique d’artisanat féminin associant patrimoine, activité économique et transmission intergénérationnelle. Au sein de la coopérative Andaz N’ouska, elle supervise un travail de tissage et de broderie traditionnelle qui s’inscrit dans une continuité familiale ancienne. Elle se présente elle-même comme la cinquième génération d’une chaîne de transmission de savoir-faire artisanaux.
La structuration du travail en coopérative à partir de 2009 a constitué une étape déterminante. Soutenue notamment par l’INDH, cette évolution a permis aux artisanes de renforcer leurs compétences, d’améliorer la qualité des produits et de mieux organiser leur activité. L’enjeu n’est pas seulement économique. Il touche aussi à la préservation d’une identité visuelle et technique propre à Midelt, reconnaissable dans les motifs, les couleurs, la symétrie des broderies et la finesse du geste.
Souad Ouazza souligne que le principal défi fut longtemps social. Il a fallu faire évoluer les représentations autour du travail des femmes et de leur insertion dans la production organisée. L’expérience coopérative a aussi encouragé plusieurs jeunes femmes à se lancer dans leurs propres projets. Aujourd’hui, la question de la commercialisation devient centrale. La volonté affichée consiste à dépasser les usages limités des réseaux sociaux pour développer une présence numérique plus structurée et plus efficace. À travers ce parcours, la broderie apparaît non seulement comme mémoire locale, mais aussi comme levier d’autonomisation.
Éducation, accompagnement social et action communautaire
À Amizmiz, Naïma El Mansouri s’est engagée depuis plus de vingt-six ans dans la gestion de structures sociales relevant de l’Entraide nationale, avec une attention particulière à la scolarisation des jeunes filles du monde rural. À la tête de Dar Taliba d’Amizmiz, elle œuvre à offrir à des adolescentes issues de zones éloignées les conditions matérielles et éducatives nécessaires à la poursuite de leur cursus scolaire.
Son action s’inscrit dans un travail de proximité qui dépasse les aspects administratifs. L’hébergement, la restauration, l’encadrement quotidien et le suivi personnalisé constituent autant de dimensions d’un accompagnement conçu comme un soutien global. Pour elle, la relation éducative repose sur la confiance, l’écoute et la capacité à créer un cadre stable favorisant l’épanouissement personnel autant que la réussite scolaire.
Son discours met au centre l’idée selon laquelle l’éducation demeure un levier majeur d’autonomisation, en particulier pour les jeunes filles rurales. Le rôle de Dar Taliba n’est pas seulement de préserver la continuité de la scolarité, mais aussi d’ouvrir des perspectives futures en renforçant les compétences, la confiance en soi et l’accès aux opportunités. À travers cette expérience, l’encadrement éducatif est présenté comme une action de transformation sociale à bas bruit, mais à effet durable.
À Bouizakarne, dans la province de Guelmim, Ijjou Wahabali a développé un engagement au service des enfants en situation de handicap à partir d’une expérience personnelle devenue cause collective. Son implication associative débute en 2013, mais prend une dimension nouvelle lorsque son propre fils est diagnostiqué avec une trisomie après plusieurs années d’interrogations et de difficultés scolaires. Ce vécu modifie profondément son horizon et l’oriente vers la création, en 2018, de l’Association Tahaddi pour le handicap.
Le centre socio-éducatif ouvert en 2020 sous cette impulsion accueille aujourd’hui des enfants présentant divers types de handicap, dont la trisomie, l’autisme, la déficience intellectuelle et la paralysie cérébrale. Avec le soutien de l’INDH, la structure a pu être équipée et dotée d’un moyen de transport adapté. Elle propose des prestations relevant de l’éducation spécialisée, de la kinésithérapie, de l’orthophonie, de la psychomotricité et du soutien psychologique.
Le travail mené vise également les familles, confrontées à des contraintes matérielles, éducatives et émotionnelles importantes. En ce sens, l’engagement d’Ijjou Wahabali se situe à l’interface de l’accompagnement quotidien, de la sensibilisation aux droits et de la promotion de l’autonomie. Son discours insiste sur la nécessité de croire aux capacités des enfants et de considérer l’inclusion non comme un principe abstrait, mais comme une pratique concrète à construire.
Diaspora, société civile et engagement durable
À Casablanca, Fouzia Jbara Mahmoudi incarne une autre forme d’action, fortement structurée et orientée vers un objectif précis : offrir aux enfants atteints de fentes labiales ou palatines un accès à la chirurgie réparatrice et à un accompagnement médical prolongé. Fondatrice de l’association Opération Smile Morocco, elle a contribué, depuis la fin des années 1990, à transformer une initiative humanitaire en dispositif durable impliquant des centaines de bénévoles et plusieurs centres spécialisés.
Son parcours dans l’action associative est né d’un choix de long terme. L’émotion suscitée par la situation des enfants porteurs de malformations faciales a rapidement laissé place à un engagement organisé, centré à la fois sur le soin et sur la lutte contre la stigmatisation. L’association a progressivement développé des campagnes médicales dans de nombreuses villes et mis en place des structures spécialisées à Casablanca, El Jadida et Oujda, avec un autre centre annoncé à Marrakech.
Le bilan présenté fait état de milliers d’interventions chirurgicales et d’un nombre encore plus important de soins dentaires. À cela s’ajoute un travail de sensibilisation destiné aux familles et à la société, pour encourager un recours précoce aux soins et briser l’isolement social qui accompagne souvent ces situations. Distinguée en 2026 par un prix humanitaire arabe majeur, elle insiste néanmoins sur une logique de continuité : renforcer les compétences des bénévoles et développer la formation des spécialistes en chirurgie pédiatrique.
Enfin, au Canada, Najat Ghannou apparaît comme une figure reconnue de la société civile au sein de la diaspora marocaine. Installée outre-Atlantique depuis 1990, cette native de Béni Mellal a combiné parcours académique, expérience professionnelle et engagement communautaire. Formée en kinanthropologie à l’Université de Sherbrooke, elle s’est également distinguée par des travaux portant sur l’éducation, l’insertion professionnelle et les approches pédagogiques.
Mais c’est surtout par son investissement dans un grand nombre d’associations qu’elle s’est affirmée dans l’espace public canadien. Fondatrice ou responsable de plusieurs structures, elle a consacré une part importante de son activité à la représentation de la communauté marocaine, à la francophonie, à la valorisation des héritages africains et à l’accompagnement associatif. Forte de plusieurs décennies d’expérience dans l’enseignement, le sport, la gestion et l’administration, elle demeure active dans la vie communautaire.
Les distinctions qu’elle a reçues au fil des années attestent de cette présence constante dans la société civile. Son discours, tourné vers les jeunes filles et les femmes, met l’accent sur la confiance en soi, la persévérance et la capacité à poursuivre ses objectifs malgré les obstacles. Son parcours illustre ainsi une forme de rayonnement discret, mais durable, fondé sur le travail communautaire et la fidélité au lien avec le Maroc.
Par Quid avec MAP
Source : quid.ma
FM
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