MaroQueens
7 Mars 2026
Ingénieure d’État en télécommunications, diplômée de l’INPT de Rabat et de HEC Montréal, Bouchra Baibanou est aussi une figure mondiale de l’alpinisme. Première Marocaine à avoir gravi les sept sommets des continents, elle incarne une réussite construite sur l’ambition, la discipline et l’équilibre entre carrière, famille et dépassement de soi. Témoignage d’un leadership forgé à haute altitude.
Ce parcours hors norme a-t-il été porté par une ambition personnelle ou par un soutien familial ?
Il a été porté avant tout par un immense soutien familial. Le Kilimandjaro, je l’ai gravi avec mon mari, et c’est à la suite de cette expérience que j’ai exprimé pour la première fois mon ambition de réaliser le défi des sept sommets. Dès lors, mon mari, comme le reste de ma famille, m’a soutenue sans réserve.
À cette période, ma fille était encore très jeune et certaines expéditions m’obligeaient à m’absenter plusieurs mois. Sans cet accompagnement, je n’aurais jamais pu aller jusqu’au bout. Dans les moments de doute, de fatigue ou face aux difficultés, notamment financières, c’est ma famille – et particulièrement mon mari – qui m’encourageait à continuer et à ne jamais renoncer.
Ce soutien a été déterminant. Il a constitué un socle indispensable à la réussite de ce projet exigeant.
Au-delà de l’entourage familial, ce qui m’a donné une force supplémentaire, c’est le fait de hisser le drapeau marocain sur chaque sommet. En 2015, lorsque j’ai eu l’honneur de recevoir une décoration de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, ses paroles m’ont profondément marquée.
À cet instant, j’ai compris que mon parcours dépassait ma personne. Il était devenu un message pour mon pays et pour toutes les femmes marocaines. Cette prise de conscience m’a donné une motivation nouvelle pour aller jusqu’au bout, malgré les difficultés.
Quel message souhaitez-vous transmettre aux femmes, notamment en matière d’équilibre entre vie personnelle et ambitions professionnelles ?
Au-delà du soutien extérieur, l’essentiel réside dans la passion et dans la motivation intérieure. Dans les moments les plus difficiles, on se retrouve seule face à soi-même. Sans conviction profonde, il est facile d’abandonner.
Les femmes sont souvent amenées à renoncer à leurs rêves par sens du devoir envers leur famille. Elles pensent parfois que le sacrifice est inévitable. Je crois au contraire qu’il ne s’agit pas de se sacrifier, mais de trouver un équilibre.
Il est tout à fait possible de concilier passion, carrière et vie familiale, à condition de ne pas laisser un rôle prendre le dessus sur les autres. L’équilibre est l’un des grands défis de la réussite, pour les femmes comme pour les hommes.
Une femme doit connaître ses priorités, identifier ses besoins et avoir confiance en sa capacité à mener plusieurs projets de front. Tout repose sur l’organisation, la clarté des objectifs et la conviction personnelle.
Quel conseil donneriez-vous à une jeune femme qui débute sa carrière et aspire à un parcours ambitieux et durable ?
Je lui dirais de commencer modestement, mais avec beaucoup de persévérance, de détermination et de foi. Que ce soit dans la vie professionnelle ou en montagne, la trajectoire n’est jamais linéaire. Il y a des hauts et des bas.
La réussite passe souvent par ce que l’on appelle des échecs, mais que je préfère considérer comme des expériences. Chaque difficulté est une occasion d’apprendre, d’identifier ses axes d’amélioration et de découvrir ses propres forces.
Dans mon parcours, j’ai connu des réussites comme des moments de doute. À chaque étape, j’ai appris et progressé. Ce qui m’a permis d’avancer, c’est la persévérance, la discipline et une forme d’« égoïsme positif » : croire en soi, investir en soi et rester concentrée sur ses objectifs.
C’est ainsi que l’on progresse, pas à pas, jusqu’aux sommets.
Par Rachid MAHMOUDI
Source : industries.ma
FM
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