MaroQueens
5 Février 2026
Entretien : Dans le cadre des projets de transformation des entreprises, le reskilling est une démarche gagnante qui vise à augmenter l’employabilité des collaborateurs et de répondre aux nouvelles mutations que vit l’entreprise. En tant qu’experte de la question, Jihane Benslimane revient sur l’état des lieux, la réalité, les obstacles, les moyens pour y parvenir et les bénéfices qu’en tire l’entreprise dans le cadre de sa transformation.
ALM : Pourquoi le reskilling devient-il primordial dans les transformations des petites et moyennes entreprises ?
Jihane Benslimane : Depuis plusieurs années, j’accompagne des PME marocaines dans leurs projets de transformation organisationnelle, managériale et stratégique. Et un constat s’impose avec constance, à savoir que les transformations rencontrent rarement un manque d’ambition mais se heurtent très souvent à des difficultés de mise en œuvre liées à l’adaptation des compétences.
Dans un contexte marqué par la digitalisation accélérée, l’évolution des métiers, la pression concurrentielle et les exigences croissantes des clients et des partenaires, les PME sont appelées à se réinventer. Pourtant, beaucoup engagent ces mutations en privilégiant d’abord les outils, les procédures ou les investissements technologiques, sans préparer suffisamment les femmes et les hommes qui devront les faire vivre.
En quoi consiste exactement le reskilling ?
Le reskilling consiste à accompagner les collaborateurs dans l’acquisition de nouvelles compétences leur permettant d’évoluer vers des métiers, des fonctions ou des modes de travail en phase avec les transformations de l’entreprise. Le reskilling ou reconversion ou encore montée en compétences apparaît alors comme un levier central, encore trop souvent sous-estimé.
Quelle est aujourd’hui la réalité en la matière ?
Dans de nombreuses entreprises, la fonction RH porte aujourd’hui des appellations valorisantes comme capital humain, people management, talent management. Mais dans la réalité opérationnelle, il s’agit encore très souvent d’un service principalement administratif, centré sur la paie, les contrats et la conformité, complété par quelques actions ponctuelles de formation ou d’avantages sociaux. Cette situation limite fortement la capacité des organisations à piloter leur transformation par les compétences.
Quelles sont alors les conditions pour arriver à une démarche de reskilling profitable ?
Toute démarche de reskilling sérieuse suppose, en amont, un travail rigoureux d’état des lieux : cartographie des compétences, identification des savoir-faire critiques, analyse des écarts, valorisation des potentiels internes. Sans cette connaissance fine du capital humain existant, les plans de développement restent partiels et peu alignés avec les enjeux réels. Au Maroc, de nombreuses PME se sont construites sur des savoir-faire solides, des équipes fidèles et une culture du terrain.
Cette richesse constitue un atout majeur. Mais elle peut devenir une fragilité lorsque les compétences ne sont pas actualisées face aux nouveaux enjeux : digital, pilotage de la performance, conformité, management moderne, RSE.
Qu’en est-il du marché du travail ?
Le marché du travail reste tendu sur les profils stratégiques. Miser exclusivement sur le recrutement est coûteux, incertain et parfois inadapté à la culture interne. Former ses propres talents devient dès lors un choix rationnel et durable.
En clair, quels sont les bénéfices du reskilling ?
Dans mes interventions, j’observe que de nombreux projets de modernisation révèlent un décalage entre les compétences réellement disponibles et celles requises pour porter les nouvelles ambitions. Les systèmes sont déployés, les processus sont formalisés, mais l’accompagnement humain reste insuffisant. Les outils sont alors partiellement exploités et les équipes peinent à s’approprier les changements. Le reskilling permet précisément de sécuriser ces transitions. Il renforce l’employabilité, favorise l’engagement et installe une dynamique d’apprentissage continu. Il contribue aussi à faire évoluer progressivement la fonction RH vers un rôle stratégique. Enfin, le reskilling offre un avantage essentiel : il permet de transformer sans renier son identité, tout en donnant une réelle chance d’évolution aux collaborateurs les plus fidèles et les plus ambitieux. Il concilie modernisation et proximité, performance et cohésion, exigence et respect des parcours.
Le mot de la fin peut-être…
La transformation durable ne repose pas d’abord sur les technologies, mais sur la capacité collective à apprendre, à évoluer et à se projeter. C’est dans cette intelligence humaine que réside aujourd’hui la véritable compétitivité des PME marocaines.
Par Dounia Essabban
Source : aujourdhui.ma
FM
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