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Caftans au Maroc : Des dynasties aux évolutions tissées au fil des régions

Illustrations : Jean Besancenot, «Costumes du Maroc» (1942)

Illustrations : Jean Besancenot, «Costumes du Maroc» (1942)

Depuis au moins le XIe siècle, le caftan marocain s’est tissé au fil de l’Histoire, pour en devenir un support dynamique. Porté dans une version basique sous les Almoravides (1056 – 1147), il s’est plus largement diffusé avec les Almohades (1121 – 1269), dont la zone d’influence s’est étendue de l’Afrique du Nord à Al-Andalus. Dans le temps, la péninsule ibérique musulmane a été connue pour ses métiers de tissage. L’organisation familiale du secteur a fait l’âge d’or d’une industrie textile moderne, dont l’évolution a continué dans les régions marocaines qui ont abrité des familles andalouses, au cours de la Reconquista (722 – 1492).

Dès lors, la confection de coupes de velours, de mousseline, de brocard et autres étoffes recherchées ont posé les bases d’habitudes vestimentaires hautement raffinées. Par extension, leur introduction au caftan donnera à cet habit des allures luxurieuses. Avant cela, le type de tissu du caftan a été plus ordinaire, pour un vêtement porté jusque-là par les hommes et les femmes. Le choix exigeant de la matière, l’intégration de fils d’or, d’argent, de soie ainsi que les broderies élaborées et les cristaux lui apporteront un autre aspect.

Entre les XIIe et XIIIe siècles, le caftan est de plus en plus rattaché aux usages locaux de certaines régions du Maroc actuel, dans un contexte régional marqué par le début du déclin du califat musulman andalou.

Caftan de Tétouan - Jean Besancenot dans «Costumes du Maroc»

Caftan de Tétouan - Jean Besancenot dans «Costumes du Maroc»

Un habit façonné par les cultures et les interactions régionales

Plus qu’un simple vêtement, le caftan est imprégné des interaction culturelles amazighes, arabes et perses orientales, andalouses et sépharades, en plus de la vie économique et politique qui évolue en influençant le quotidien. C’est particulièrement sous les Mérinides (1248 – 1465) que ses «traits distinctifs» se sont affirmés davantage, selon le dossier de classement à l’UNESCO porté par le Maroc, «Le caftan marocain : Art, traditions et savoir-faire».

Soumis par le ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication, le document cite notamment une description de Hassan al-Wazzan (Léon l’Africain) au début du XVIe siècle. On y apprend que dans le temps déjà, ce vêtement a été «long et ouvert sur le devant, porté par les hommes et les femmes à Fès». Durant la première moitié du XVIe siècle, les notables le confectionnent avec du brocart, de la soie et du velours. Des tresses (dfira) et des boutons dorés (âqad) ornent le centre de cette tunique aux manches larges.

Ces habitudes se sont alignées sur l’orientation des califes et des gouvernants. En période d’abondance, le mode de vie exubérant des cours a influencé l’habillement, en lui apportant une élégance supplémentaire. En temps d’austérité, le caftan basique a été en vogue. C’est ainsi que sous les Saâdiens (1549/1554 – 1659), il connaîtra tout son essor qu’illustre la description de Léon L’Africain, auteur de l’ouvrage de référence «Description de l’Afrique» qui renseigne sur l’époque médiévale de la rive sud-Méditerranéenne.

Modèle de caftan de Fès

Modèle de caftan de Fès

C’est dans ce contexte que le caftan s’est invité de plus en plus dans les réceptions, devenant autant un marqueur culturel que social, traduisant l’évolution des us et des modes de vie. Dans chacune des régions connues pour des traditions locales appliquées au caftan, celui-ci est confectionné à base de tissus somptueux, un velours épais ou plus léger, paré d’autres matières. Dans le nord du Maroc, Tétouan et Oujda se distinguent par des modèles et des broderies spécifiques, comme c’est le cas à Fès, à Rabat-Salé, à Azemmour et à Marrakech, entre autres espaces qui abritent de nombreux artisans.

Autant dire que ce costume citadin «a fait l’objet d’une évolution de style à travers le temps, sans pour autant défigurer ses caractéristiques au niveau de de la passementerie ‘sfifa’ parsemée d’une rangée d’œillets, de boutons ‘aïn et âqda’ et de broderie», comme le soulignent les connaisseur de cette tradition riche par sa diversité.

A la différence du caftan citadin dont les modèles spécifiques aux célébrations se distinguent par leurs broderies chargées et leurs ceintures (mdemma) en or intégrant des pierres, l’usage d’un caftan dit amazigh est défini par d’autres comme un modèle à la fois élaboré et fonctionnel. Contrairement au premier, il équilibre entre l’élégance et les contraintes climatiques locales, notamment pour protéger du froid.

Caftans au Maroc : Des dynasties aux évolutions tissées au fil des régions

Un vêtement de fêtes et du quotidien

Le caftan conventionnel a ainsi été porté au fil des dynasties qui se sont succédées au Maroc, jusqu’aux Alaouites dès le XVIIe siècle. Au cours de la première moitié du XXe siècle, ces habitudes ont été plus exhaustivement documentées, à travers le photographe, peintre, dessinateur et ethnologue français Jean Besancenot (1902 – 1992). Issu de ses voyages entre 1934 et 1939, l’ouvrage «Costumes du Maroc» immortalise ces traditions et leur dimension locale.

Alternant gouaches et photos, l’opus renseigne sur les tenues, dont le caftan, mais aussi les parures. Paru en 1942, il révèle un relevé graphique de soixante costumes, où l’on reconnaît le tissage en tresses et les boutons centrés dans les tuniques traditionnelles, avec ou sans ceinture, représentatif des influences amazighes, sahariennes, arabes, sépharades et andalouses. «Sa Majesté Mohamed V me fit l’honneur d’être le premier souscripteur», a noté l’auteur, dans une republication de son travail.

Depuis, le Maroc a connu d’autres évolutions économique, sociales, culturelles et politiques profondes, qui n’ont cessé de façonner les habitudes vestimentaires. Ainsi la seconde moitié du XXe siècle est-elle marquée par la fin du Protectorat (1912 – 1956), outre l’accès plus élargi des filles et des femmes à une instruction moderne, puis à l’emploi. Au cours des années 1980, le caftan continuera encore de raconter l’histoire de ces mutations.

Caftans du Maroc / Ph. Ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication - Dossier UNESCO

Caftans du Maroc / Ph. Ministère de la Jeunesse, de la culture et de la communication - Dossier UNESCO

Ces dernières auront à leur tour influencé un habit élégant et adapté à chaque circonstance. Le caftan sera prisé par les célébrités marocaines et étrangères, les maisons de couture internationales, nationales et les coopératives locales, tout en conservant son essence et les usages intergénérationnels de sa confection. De nouveaux modèles apparaissent, avec des coupes plus ajustées, évasées ou intégrant des codes vestimentaires dans l’air du temps.

Avec l’inclusion du caftan marocain à la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO, en 2025, ce sont les styles et les techniques artisanales des régions, ainsi que l’apport national et universel de leurs légataires qui sont reconnus. Les traditions sont transmises et les techniques de confection évoluent plus que jamais, à la croisée des usages ancestraux et modernes, en dialogue permanent avec la mode contemporaine.

 

Par Ghita Zine

Source : yabiladi.com

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