MaroQueens

« L’Espagne est un pays raciste construit sur la négation de son passé arabe »

« L’Espagne est un pays raciste construit sur la négation de son passé arabe »

Juriste et militante féministe, Noor Ammar Lamarty livre une analyse sans concession de la société espagnole. Dans un entretien accordé à La Vanguardia, la native de Tanger dénonce une « morophobie » structurelle, critique l’instrumentalisation du voile et pointe du doigt l’hypocrisie politique face aux femmes migrantes.

C’est une voix qui dérange par sa clarté. Arrivée en Espagne à 18 ans pour ses études de droit, Noor Ammar Lamarty refuse d’être l’exception à la règle. Pour elle, l’Espagne souffre d’un mal profond : le racisme bâti sur l’amnésie historique. « L’Espagne est un pays raciste parce qu’elle est construite sur la négation de son passé », affirme-t-elle, rappelant que l’identité espagnole s’est forgée en opposition au « Maure », niant des siècles de métissage.

Cette « morophobie », distincte du racisme envers les Noirs, imprègne encore les mentalités. Même en étant une femme éduquée, non voilée et parlant un espagnol parfait, Noor se heurte à un racisme implicite : celui de l’exceptionnalisme. « Dire que vous êtes une exception est une forme de racisme », souligne-t-elle, refusant d’être utilisée comme un alibi d’intégration réussie.

Le voile, la Gauche et le piège du “Care”

Sur la question sensible du voile, la militante appelle à sortir des débats simplistes. Si elle reconnaît qu’il peut être un outil de contrôle patriarcal, elle refuse l’infantilisation des femmes musulmanes. « Le défi du féminisme est de cesser de materner les femmes et de les reconnaître comme des sujets politiques », insiste-t-elle.

Son constat est tout aussi sévère concernant l’économie du soin. Pour elle, le secteur du “care” en Espagne ne tient que grâce à l’exploitation de femmes migrantes souvent surqualifiées, piégées dans des emplois domestiques parce que les hommes espagnols n’assument pas leur part et que l’État ferme les yeux.

Noor Ammar Lamarty ne ménage pas non plus sa propre famille politique. Selon elle, la gauche a « pavé la voie de la droite » en esquivant les débats sur la migration et l’identité, laissant le champ libre aux discours xénophobes. « Il n’y a rien de plus raciste que de dire que je n’ai le droit de vivre dans ton pays que si je te sers », conclut-elle, plaidant pour que les enfants de l’immigration soient enfin vus comme des futurs artistes ou historiens, et non comme de la simple main-d’œuvre.

 

Source : bladi.net

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
À propos
MaroQueens

FM
Voir le profil de MaroQueens sur le portail Overblog

Commenter cet article