MaroQueens
5 Janvier 2026
Khanata bint Bakkar est considérée comme l'une des figures féminines ayant contribué à façonner l'Histoire du Maroc alaouite. Sous le règne de son époux, le sultan Moulay Ismail, puis de son fils, Moulay Abdellah, elle a été une érudite, une écrivaine et une politicienne avertie. Elle est souvent citée comme la première femme à avoir occupé un poste ministériel au Maroc.
Sept ans après son accession au trône, en 1678, le sultan Moulay Ismail s'est rendu aux zones sahariennes du Maroc. Son objectif a été de renforcer les alliances politiques et militaires, notamment en consolidant ses liens avec les arabes Maqil du désert, les oncles maternels du sultan, selon la revue Da'ouat Al Haq du ministère des Habous et des affaires Islamiques. Ces liens de sang ont été cruciaux pour asseoir son pouvoir.
À son arrivée, Moulay Ismail a exprimée son souhait d'épouser la princesse Khanatha, une femme de grande érudition, comme la décrivent les historiens. Le savant Abu Abdullah Muhammad bin Ahmed Al-Kansousi, dans son ouvrage Al-Jaysh Al-Armaram Al-Khamasi, la décrit comme «pieuse, dévouée et instruite, ayant reçu son éducation sous la tutelle de son père, le Cheikh Bakkar».
Dans son livre Al-Istiqsa pour les nouvelles des États du Grand Maghreb, Abu Al-Abbas Ahmed bin Khalid Al-Nasiri décrit Khanatha bint Bakkar comme «une femme de beauté, de jurisprudence et de lettres», s'appuyant sur les récits de voyage du ministre Al-Sharqi Al-Ishaqi, son accompagnateur de pèlerinage avec son fils Moulay Abdellah.
La première femme ministre du Grand Maghreb
L'historien Abdul Rahman bin Zaidan, dans son livre Ithaf A'lam Al-Nas avec la Beauté de la Capitale Meknès, affirme que Khanatha a été «la ministre de confiance de Moulay Ismail et une conseillère avisée». Elle est ainsi devenue la première femme à occuper un poste ministériel dans la région. Son influence est corroborée par divers témoignages de figures religieuses et étatiques de son époque, tels que le Cheikh Muhammad bin Ali bin Fadl Al-Husseini. Ce dernier la qualifie de «fruit d'anciens vénérables», tandis qu'Abu Abdullah Al-Sharqi Al-Ishaqi disait d'elle : «Nous ne connaissons pas d'autre femme libre qui soit entrée dans la maison du califat parmi les épouses de notre sultan qui ressemble à cette dame en ambition, modestie, chasteté, dignité, intellect et force religieuse…»
Da'ouat Al Haq confirme que «sans aucun doute, elle était une partenaire pour Moulay Ismail non seulement dans la vie conjugale, mais aussi dans la vie sociale, administrative et politique, comme en témoigne la description d'Al-Sharqi selon laquelle Moulay Ismail 'la consultait sur certaines affaires et qu'elle était sa ministre, recherchée par les gens de bonne volonté et ceux dans le besoin, et qu'elle était une pierre angulaire.'»
Le voyageur anglais Windas John, accompagnant l'ambassadeur Stewart pour négocier la libération de captifs anglais, a également confirmé son influence. Il décrit Moulay Ismail comme un dirigeant qui «tenait en haute estime son épouse, la princesse Khanatha, dont il demandait souvent les conseils».
Voyant sa mission échouer mais conscient du rôle clé de Khanatha, l'ambassadeur anglais écrit à cette dernière pour solliciter son intercession auprès du sultan. La princesse répond en affirmant les dispositions de Moulay Ismail à le rencontrer à nouveau. Elle a ainsi contribué à la libération des captifs.
Une garante du trône pour son fils
Khanatha reste aux côtés de Moulay Ismail jusqu'à la mort du sultan en 1727, soit près de cinquante ans, couvrant presque toute la durée de son règne. Cette longue période lui a permis de développer un savoir-faire précieux, qu'elle mettra à profit durant le règne de son fils, Moulay Abdellah.
Après la mort de Moulay Ismail, l'absence de désignation d'un successeur parmi les nombreux fils a précipité la rébellion au sein de l'armée, chaque faction soutenant un prince différent. Dans ces moments critiques, Khanatha a eu un rôle déterminant, en surmontant les rivalités familiales et en assurant le trône à son fils.
Le livre Al-Haswa Al-Bisaniya dans la Science de la Généalogie Hassani souligne qu'en 1740, Khanatha a été pour beaucoup dans la réconciliation du sultan Abdellah avec les tribus Oudaya. Un an plus tard, elle a dû fuir Meknès pour Fès Jadid, craignant pour sa sécurité après une révolte des esclaves contre son fils.
Al-Nasiri, dans son ouvrage Al-Istiqsa, relate la rébellion des esclaves contre le sultan Moulay Abdellah et la fuite de Khanatha, indiquant que les frondeurs «se levèrent contre le Sultan Moulay Abdellah, tentèrent de le tuer et de le renverser. Sa mère, Khanatha bint Bakkar, s'en aperçut et s'enfuit de Meknès à Fès Jadid, suivie le lendemain par son fils, le Sultan, qui s'installa à Ras El-Ma, où il fut accueilli et protégé par les Oudaya et les habitants de Fès.»
Grâce au soutien politique et social de l'armée des Oudaya, Khanatha a maintenue une position influente au sein des institutions de l'État, jusqu'à son décès en 1746. Sa dépouille repose désormais dans le mausolée des Chérifs à Fès Jadid.
Source : yabiladi.com - Par Ouardani Issa - (Ghita Zine)
FM
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